Divagations sur l’amour des astres que nous sommes

par | 13 mai 2020 | Textes | 0 commentaires

Quand je ferme mes volets, la lune frôle la cime des ifs qui se balancent au dessus des toits de la ville qui dort. C’est juste un reflet, un écran sur lequel on projette une intrigue. Chose rare que d’apparaître aux yeux de tous sur un vaste terrain à un moment donné. C’est vers quoi tendent les cathédrales et toutes ces tours Eiffel d’ailleurs, mais ça marche un peu, il faut avouer, c’est émouvant cette capacité que d’être à la fois vu et pouvoir voir. Bien sûr, rien de nouveau sous le soleil, le ciel sait être le miroir de notre condition. Dans le désert, les nomades se disent parfois «je t’aime comme un jour de pluie», et il faut avoir entendu le chant des femmes qui s’en réjouissent traverser l’immensité, et la puissance de l’impact recroquevillé des gouttes sur le sable pour saisir l’ampleur de la déclaration. Or ces jours, le soleil entre dans ma maison, cet autre toit du monde qui en dit tant. Comme il ne le fait pas souvent, ni longtemps – à peine plus d’une heure plein feu – je m’étale de tout mon long, et guette la morsure de l’ombre pour me repositionner. Ne fait-on pas ça tout le temps? Toujours, avant de tomber amoureuse, je prends un coup de soleil. Par ici, on dit «un coup de lune», comme pour relativiser la brûlure, un genre d’intuition paysanne qui sait bien que toute effusion n’est que réverbération. Au soleil, j’ai donc pensé à la lune, à ses cratères et son sourire qu’on peut voir c’est selon; à sa lumière bleutée qui rend tout beau, surtout la neige; au fait qu’elle sache imperceptiblement faire pencher toutes nos eaux. Et j’adore quand elle dessine d’élégantes formes sur mes murs; qu’elle sache, comme l’amour, agiter ou bercer nos nuits; qu’elle ne nous soit pas si nécessaire surtout, puisqu’elle pourrait tout aussi bien tourner autour d’un tout autre astre. Cette lumière-là ne rend pas nos organismes dépendants, drogués de soleil que nous sommes. Lui attend patiemment qu’on fasse notre révolution, nous laisse la grande responsabilité de nous réchauffer sans brûler. Mais quand même, il ouvre et referme les fleurs à sa guise, l’enfoiré. Alors, si, tout en la dorant, me viens l’envie de lui montrer ma lune, c’est que dans mon immobilité, j’ai pris acte des forces contraires qui tournoient, et la grande mesure du printemps. 

Auteure: Julie Henoch
Éditeur: Hélice Hélas Éditeur
Relecteur: Alexandre Grandjean
Genre: Texte
Mots clé: lune, soleil, sensualité, divagation, pluie

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