Il fallut enfermer les chats, séquestrer les poules

par | 23 avril 2020 | Extraits | 0 commentaires

Une épizootie de fièvre aphteuse avait atteint la Suisse en automne 1938. Il s’ordonna tout de suite des mesures de prophylaxie. Les semelles de toute personne allant aux écuries se trempaient dans une solution lysolée. Cette odeur persistante dérangeait le bétail mangeant mal du foin fleurant la pharmacie. Il y eut des abattages pour enrayer la maladie. Les frigos débordaient de cette viande consommable. Ce qui permit à la famille Stauffer, de la Baumaz au-dessus de Moudon, d’échapper à l’abattage, c’est qu’elle pouvait soigner son bétail à condition d’accepter une quarantaine totale. Les vingt têtes de bovins souffraient d’une forte fièvre. Elles grelottaient. On leur confectionna à chacune un manteau de jute. Les vaches peinaient à se tenir debout sur leurs sabots ramollis et purulents. Elles écumaient de la bouche, ne pouvaient mâcher du foin. Comme le lait restait à la ferme, on le leur redonnait, bien cuit, additionné de farine. Les locaux, les crèches se nettoyaient à la soude caustique. Il fallut enfermer les chats, séquestrer les poules. Une sonnette au bas du chemin annonçait la venue du gendarme apportant le courrier et les commissions. Pendant six semaines, ni gens, ni marchandises ne sortirent de la ferme.

Auteur: Louison Dutoit
Extrait de: Le courage de la terre, éditions d’en bas, 2003
Éditeur: éditions d’en bas
Relecteur: Julien Gabet
Mots clé: ferme, chat, bovins

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