Il y a des jours

par | 11 avril 2020 | Extraits | 0 commentaires

Il y a des jours qu’on voudrait ne pas avoir à entamer ou, puisqu’il est trop tard, hors desquels on voudrait sortir au plus vite, arriver au soir. Des jours sans bord, sans bout et sans forme, rongés par l’horloge, eau morte, des jours moites, noyés dans une haine et une chaleur lourdes et diffuses.
Alors on la passe comme une longue douleur qui va bien finir avec la venue du soir. On a beau gesticuler, aller et venir, le ciel n’est pas là, invectiver ou sourire, rien n’y fait. Aucune entreprise ne trouve son assise, les oiseaux se taisent, les nénuphars se cachent. On voit grossir les soucis nés de l’orgueil, à la presse de rien, à la presse de tout, capable seulement de vouloir en découdre avant d’en découdre, secoué par les chiffres d’oisifs calculs sans fin.
Seule la bienveillance de l’enfant qui a senti le vent mauvais se lever sauve la mise en allant chercher la brouette, il y met la terre fraîche arrachée à la terre et ainsi rétablit l’ordre universel.

Auteur: Jean Prod’hom
Extrait de: Marges, Editions Antipodes, 2015, p. 155
Éditeur: Editions Antipodes
Mots clé: temps longs, oiseaux, bienveillance

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